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Façonner l'identité visuelle de demain

Droits d'auteur : quel type de cession selon le client ?
Métier et Freelancing

Droits d'auteur : quel type de cession selon le client ?

Le client a payé la facture. Il pense donc pouvoir utiliser le logo partout, pour toujours, dans tous les formats, et éventuellement le modifier avec son cousin qui « touche un peu à Photoshop ». Toi, tu pensais avoir vendu une création.

Droits d'auteur: quel type de cession selon le client?

Lui croit avoir acheté les clés de la maison.

C’est exactement là que la cession de droits d’auteur devient indispensable. En France, le paiement d’une facture de création graphique ne transfère pas automatiquement les droits d’exploitation au client. Une cession de droits d’auteur doit être formalisée par écrit, avec un périmètre précis. Et ce périmètre ne sera pas le même pour une boulangerie de quartier, une PME en croissance ou un grand compte qui veut déployer ta création sur trois continents.

La bonne question n’est donc pas: « Combien coûte une cession de droits d’auteur pour un graphiste freelance? »

La bonne question est: qu’est-ce que le client veut exploiter, où, pendant combien de temps, sur quels supports et avec quel niveau d’exclusivité?

Le fameux « tous droits cédés » continue de traîner dans les devis et les contrats comme une vieille mauvaise habitude. C’est court. C’est rassurant. C’est aussi beaucoup trop vague.

L’article L. 131-3 du Code de la propriété intellectuelle impose que le contrat de cession soit rédigé par écrit et précise séparément chaque droit cédé. Le contrat doit notamment définir:

  • l’étendue des droits transmis;
  • la destination de l’exploitation;
  • le territoire concerné;
  • la durée de la cession.

Autrement dit, une cession de droits d’auteur graphiste freelance doit répondre à des questions très concrètes. Pas à des formulations qui donnent l’impression de couvrir large mais qui ne cadrent rien.

Quels droits sont concernés?

Dans un projet de design, on parle généralement des droits patrimoniaux. Ce sont eux qui permettent au client d’exploiter l’œuvre. Ils comprennent notamment:

  • le droit de reproduction: imprimer le logo, publier le visuel sur un site, l’intégrer dans une application ou le reproduire sur un packaging;
  • le droit de représentation: diffuser l’œuvre au public, par exemple dans une publicité, une vidéo, une présentation ou une campagne événementielle;
  • le droit d’adaptation, lorsqu’il est prévu: décliner la création dans d’autres formats, langues ou supports.

La cession peut porter sur un seul de ces droits ou sur plusieurs. Elle peut aussi être limitée à une utilisation précise. Un visuel créé pour une affiche locale n’a pas automatiquement vocation à devenir une campagne nationale. Même si le client découvre, six mois plus tard, qu’il « pourrait être intéressant de le réutiliser ailleurs ».

Il faudra alors prévoir une nouvelle autorisation ou une extension de cession. Et oui, cette extension peut être facturée.

La cession globale des œuvres futures est interdite

Autre point souvent oublié: tu ne peux pas céder par avance les droits sur toutes tes créations futures. Une clause du type « le client bénéficiera de tous les droits sur les créations réalisées pendant notre collaboration » est problématique.

Chaque création doit être identifiée ou identifiable. Le contrat doit porter sur une œuvre réalisée dans un cadre défini, pas sur une réserve illimitée de tes futures productions.

C’est particulièrement important avec les contrats de collaboration récurrents. Si tu accompagnes une marque pendant un an, tu peux prévoir un fonctionnement clair pour les livrables successifs. Mais tu ne cèdes pas en bloc tout ce que tu pourrais créer demain, y compris les projets qui n’ont pas encore été imaginés.

Une facture paie ton travail. Elle ne devine pas l’étendue des droits que le client souhaite exploiter.

Droits moraux et droits patrimoniaux: ce que tu peux céder, et ce que tu ne peux pas abandonner

Un client peut obtenir des droits d’exploitation. Il ne devient pas pour autant l’auteur de ton travail.

Cette distinction paraît théorique jusqu’au jour où le client modifie ton logo, supprime ta signature, change les couleurs, puis présente la nouvelle version comme une création interne. C’est là que les droits moraux cessent d’être une ligne discrète dans un cours de propriété intellectuelle et deviennent un vrai sujet de relation client.

Les droits moraux restent attachés à l’auteur

Les droits moraux de l’auteur sont perpétuels, inaliénables et imprescriptibles. Ils comprennent notamment:

  • le droit au respect de ta paternité, c’est-à-dire la possibilité d’être reconnu comme l’auteur;
  • le droit au respect de l’intégrité de l’œuvre;
  • le droit de divulgation;
  • le droit de retrait et de repentir, dans les conditions prévues par le droit applicable.

Tu ne peux donc pas céder définitivement tes droits moraux. Une clause qui prétendrait te faire renoncer à ta paternité ou autoriser n’importe quelle dénaturation de l’œuvre serait à traiter avec beaucoup de prudence.

Cela ne signifie pas que chaque client doit afficher ton nom en gros sous son logo. Dans la pratique, la mention de l’auteur dépend du support, du contexte et de ce qui a été convenu. Une identité visuelle utilisée sur une devanture ne se gère pas comme une illustration éditoriale ou une affiche culturelle.

En revanche, tu peux encadrer les adaptations autorisées. Par exemple:

  • déclinaisons dans les formats prévus au devis;
  • adaptation technique pour l’impression, le web ou les réseaux sociaux;
  • traduction d’un slogan avec validation préalable;
  • modification par le client interdite sans ton accord écrit;
  • fichiers sources remis ou non remis selon le périmètre prévu.

Le mot important est « prévu ». Si tu ne cadres pas, chacun complète les blancs avec ses propres hypothèses. Et le client a souvent une imagination très généreuse quand il s’agit d’ajouter des usages sans ajouter de budget.

Le fichier source n’est pas automatiquement inclus

C’est une confusion classique: « J’ai payé le logo, donc je veux le fichier Illustrator. »

Non. Le fichier source est un élément de travail et sa remise doit être prévue. Elle peut être incluse dans la prestation, facturée à part ou refusée si elle n’est pas nécessaire à l’exploitation prévue.

Un client qui reçoit un PDF prêt à imprimer n’a pas forcément besoin du fichier vectoriel natif. Une équipe marketing qui doit décliner elle-même la marque sur cinquante supports, en revanche, peut avoir une vraie raison de demander les fichiers sources. Cette remise modifie la valeur de la prestation, parce qu’elle donne au client davantage d’autonomie et de possibilités d’adaptation.

Tu peux donc séparer clairement:

1. la conception de l’œuvre;

2. la livraison des exports nécessaires;

3. la remise des fichiers de travail;

4. la cession des droits d’exploitation.

Ce sont quatre sujets différents. Les mélanger dans une ligne « création logo: 800 € » est le meilleur moyen de travailler beaucoup pour un périmètre que personne n’a défini.

Adapter la cession au profil du client

Le profil du client ne détermine pas à lui seul le prix. Mais il donne une indication très utile sur l’ampleur probable de l’exploitation.

Une identité visuelle pour un artisan local et une campagne de lancement pour une marque nationale peuvent mobiliser le même talent créatif. Elles n’ont pas le même impact économique, ni le même territoire, ni le même risque d’usage.

Le petit client local: une cession simple, mais pas inexistante

Prenons le cas d’un boulanger indépendant. Tu réalises son logo, une enseigne, quelques supports imprimés et des visuels pour son site.

Il peut être cohérent de prévoir une cession:

  • non exclusive;
  • limitée aux activités de la boulangerie;
  • valable sur le territoire où l’entreprise exploite sa marque;
  • prévue pour une durée longue, par exemple dix ans;
  • limitée aux supports convenus: enseigne, cartes, emballages, site internet et réseaux sociaux.

Pour ce type de mission, tu peux intégrer le montant de la cession dans ton tarif global ou dans ton TJM, à condition de distinguer clairement ce qui relève de la création et ce qui relève de l’exploitation.

La cession n’a pas besoin de devenir un dossier de quinze pages illisible. Mais elle doit quand même dire ce que le client peut faire. « Utilisation commerciale du logo » reste trop flou si personne ne sait si cela inclut des produits dérivés, une franchise, une campagne publicitaire ou une revente à un partenaire.

Un cadrage simple peut ressembler à ceci dans ton devis:

La prestation comprend la conception de l’identité visuelle et une cession non exclusive des droits de reproduction et de représentation pour l’exploitation de la marque sur ses supports de communication physiques et numériques, en France, pour une durée de dix ans. Toute extension à de nouveaux supports, territoires ou activités fera l’objet d’un accord et d’une facturation complémentaire.

Ce n’est pas spectaculaire. C’est lisible. Et la lisibilité vaut mieux qu’un grand discours juridique que personne ne relira.

La PME: le moment où les usages commencent à se multiplier

Avec une PME, les demandes se ramifient vite. Le logo va être utilisé sur le site, les réseaux sociaux, les plaquettes commerciales, les salons, les véhicules, les présentations internes, les annonces de recrutement et peut-être une nouvelle gamme de produits.

Le projet paraît encore raisonnable. Puis les supports s’empilent.

Pour une PME, tu peux prévoir une cession plus large, avec:

  • une liste de supports principale;
  • une zone géographique cohérente avec son marché;
  • une durée déterminée;
  • les droits d’adaptation nécessaires aux déclinaisons;
  • une clause concernant les filiales ou les partenaires;
  • une définition de l’exclusivité, si elle est demandée.

La question des filiales est souvent oubliée. Si la société mère commande une identité, le droit d’exploitation est-il accordé uniquement à cette société? À toutes ses filiales? À ses distributeurs? À ses franchisés?

Une identité utilisée par un réseau de franchisés n’est pas une simple utilisation supplémentaire. C’est une diffusion élargie, avec une valeur commerciale différente. Le contrat doit le dire.

Le grand compte: ne pas vendre une diffusion mondiale au prix d’un logo local

Les grands comptes arrivent parfois avec leur propre contrat. Il fait trente pages. Tu signes en te disant que le service juridique a sûrement bien travaillé. Peut-être. Mais un contrat long n’est pas nécessairement un contrat équilibré.

Pour une marque nationale ou internationale, la cession doit être examinée avec précision. Les éléments qui peuvent faire varier fortement la valeur sont notamment:

  • le territoire: France, Europe, monde;
  • la durée: quelques mois pour une campagne ou plusieurs années pour une identité;
  • les supports: affichage, presse, web, télévision, emballage, événementiel, merchandising;
  • l’exclusivité;
  • le nombre de déclinaisons;
  • le droit de modification;
  • l’utilisation par les filiales, agences ou sous-traitants;
  • la possibilité de réutiliser la création dans de futures campagnes.

Une campagne publicitaire n’a pas le même cycle de vie qu’une identité de marque. Pour une campagne, la durée d’exploitation peut être courte, parfois de un à trois mois. Pour une identité visuelle, la période peut être beaucoup plus longue, avec des enjeux de cohérence et de déploiement différents.

Dans ce contexte, facturer distinctement les droits de cession est souvent plus pertinent. Cela montre ce que le client achète réellement. Et cela t’évite de réduire une exploitation mondiale à une petite ligne noyée dans le devis.

Élément de la cessionArtisan localPMEGrand compte
TerritoireZone d’activité ou FranceFrance ou marché couvertNational, européen ou mondial
DuréeExemple: 10 ans pour une identitéDurée déterminée selon le projetDurée adaptée au plan média ou à la stratégie de marque
SupportsEnseigne, print, site, réseaux sociauxSupports commerciaux, salons, véhicules, webCampagnes, packaging, publicité, filiales, événementiel
ExclusivitéSouvent non exclusiveÀ négocier selon le secteurÀ facturer clairement, surtout si elle bloque d’autres usages
FacturationIntégrée au forfait ou au TJMLigne séparée possibleLigne distincte fortement recommandée
AdaptationsDéclinaisons prévues au devisFormats et usages listésProcessus de validation et droits de modification détaillés

Calculer le prix d’une cession de droits d’auteur en graphisme

Il n’existe pas de tarif légal obligatoire imposé par l’État pour les cessions de droits. Les montants sont libres et se négocient selon le projet, le client et l’exploitation prévue.

Cela ne veut pas dire que tu dois fixer le prix au hasard, entre deux rendez-vous, avec ton café froid à côté du clavier.

Le calcul des droits d’auteur en graphisme peut s’appuyer sur plusieurs paramètres. Le plus simple consiste à partir de la valeur de la création, puis à appliquer des coefficients selon l’exploitation.

Les paramètres qui font varier la valeur

Voici les éléments à prendre en compte dans ton estimation:

  • La durée: une campagne utilisée trois mois ne se facture pas comme une identité exploitée pendant dix ans.
  • Le territoire: un usage local, national et mondial ne couvrent pas la même valeur économique.
  • Les supports: quelques supports numériques ne représentent pas le même périmètre qu’une campagne d’affichage, du packaging et de la publicité vidéo.
  • L’exclusivité: si le client veut t’interdire de réutiliser certains éléments ou de travailler pour des concurrents, cette contrainte a un prix.
  • La diffusion: un visuel vu par quelques centaines de personnes et une campagne déployée à grande échelle ne sont pas comparables.
  • Le niveau d’adaptation: une déclinaison prévue dans le devis n’est pas une autorisation générale de transformer l’œuvre.
  • Le potentiel commercial: un logo intégré à une marque distribuée à l’international a une valeur d’exploitation supérieure à celle d’un support interne.
  • La remise des fichiers sources: elle augmente l’autonomie du client et peut élargir les possibilités d’usage.

Le piège est de ne regarder que le temps passé. Le temps est utile pour calculer ton coût de production. Il ne suffit pas à mesurer la valeur d’une licence d’exploitation.

Deux approches concrètes

1. Intégrer la cession dans un forfait

Cette approche fonctionne bien pour les projets simples, avec un client local et un périmètre stable.

Tu peux présenter un forfait qui comprend:

  • la recherche et la conception;
  • les retours prévus;
  • les fichiers finaux;
  • la cession limitée aux usages listés.

L’avantage: le devis reste accessible et facile à comprendre.

La limite: si le client élargit ensuite le territoire, ajoute une gamme de produits ou lance une campagne nationale, tu dois réouvrir la discussion. Sinon, tu offres gratuitement une extension de droits qui peut devenir très rentable pour lui.

2. Facturer séparément les droits

Cette méthode est plus transparente pour les projets avec plusieurs usages ou une forte diffusion.

Ton devis peut séparer:

  • conception du logo ou de la campagne;
  • direction artistique;
  • exécution et déclinaisons;
  • livraison des fichiers;
  • cession des droits pour chaque périmètre prévu.

Cette présentation évite de gonfler artificiellement le prix de la création. Elle rend visible la valeur de l’exploitation. Elle permet aussi de renégocier plus facilement si le client ajoute une utilisation.

Des méthodes professionnelles comme le calcul par coefficients ou le barème à points du Kit de survie du créatif peuvent t’aider à structurer ton estimation. Dans certaines méthodes, une valeur de point recommandée de 5 € sert de base, à laquelle on applique des coefficients liés à la durée, aux supports, au territoire et à l’exclusivité.

Ce n’est pas une vérité gravée dans le marbre. C’est un outil pour éviter le tarif sorti du chapeau.

Le bon prix n’est pas celui qui « passe » auprès du client. C’est celui qui correspond à l’ampleur réelle de l’exploitation.

La rémunération proportionnelle: utile dans certains cas, pas toujours pratique

Le Code de la propriété intellectuelle prévoit en principe une rémunération proportionnelle aux recettes de l’exploitation. Mais une rémunération forfaitaire est possible dans certaines situations, notamment lorsque la base de calcul proportionnel est impossible à déterminer ou lorsque l’œuvre a un caractère accessoire.

Dans la plupart des missions de graphisme freelance, le forfait est plus simple à gérer. Tu ne vas pas demander à un artisan de te transmettre chaque mois le chiffre d’affaires généré indirectement par son logo. Et tu ne vas pas forcément obtenir d’un grand compte un accès détaillé à ses recettes par support.

En revanche, lorsqu’il existe un modèle de diffusion clairement mesurable, une rémunération proportionnelle peut être envisagée. Ce n’est pas la solution automatique. C’est un choix contractuel qui demande des indicateurs vérifiables et une vraie capacité de suivi.

Le contrat de cession: les clauses à écrire sans ambiguïté

Un bon contrat de cession de droits d’auteur design ne doit pas seulement protéger le client. Il doit aussi t’éviter de vendre sans le savoir une autorisation beaucoup plus large que prévu.

Décrire précisément la création concernée

Commence par identifier l’œuvre:

  • nom du projet;
  • type de création;
  • version concernée;
  • date de livraison;
  • fichiers ou livrables inclus;
  • éléments éventuellement exclus.

Pour une identité visuelle, tu peux préciser si la cession couvre uniquement le logo final ou également les pictogrammes, illustrations, motifs, typographies dessinées et éléments de système graphique.

Si tu utilises une typographie sous licence, elle ne peut pas être traitée comme une création dont tu pourrais céder librement tous les droits. Même chose pour les photographies, les mockups, les icônes ou les ressources provenant de bibliothèques externes.

Détailler les droits cédés

Évite les formulations génériques. Écris ce que le client peut faire.

Par exemple:

  • reproduire le logo sur ses supports imprimés;
  • représenter le logo sur son site et ses comptes sociaux;
  • intégrer les éléments graphiques dans ses présentations commerciales;
  • adapter les formats pour les supports listés;
  • utiliser les illustrations dans la campagne prévue.

Si une utilisation n’est pas mentionnée, elle ne doit pas être considérée comme acquise par défaut. C’est précisément le rôle du contrat: transformer les intentions en périmètre exploitable.

Prévoir une durée et un territoire

Une cession « pour toujours et partout » est typiquement le genre de formule qui veut tout dire et rien dire. La durée et le territoire doivent être définis.

Pour un artisan local, une durée de dix ans peut être cohérente pour une identité visuelle. Pour une campagne événementielle, une période de un à trois mois peut mieux correspondre au plan de diffusion. Pour une marque internationale, le territoire doit être lié aux pays réellement concernés.

Ne donne pas un territoire mondial parce que le client a copié cette formule dans un ancien contrat. Demande où la création sera effectivement exploitée.

Clarifier l’exclusivité

Une cession exclusive signifie que le client bénéficie d’un droit réservé dans le périmètre défini. Cela peut limiter ta capacité à réutiliser la création ou à travailler sur des éléments proches pour un concurrent.

L’exclusivité doit donc être:

  • explicitement prévue;
  • limitée à un secteur ou un territoire si nécessaire;
  • limitée dans le temps;
  • valorisée financièrement.

La phrase « le client dispose de tous les droits exclusifs » sans autre précision est une alerte. Exclusifs sur quoi? Pendant combien de temps? Dans quel secteur? Sur quel territoire? Avec quelles conséquences pour ton portfolio et tes futures missions?

Organiser les modifications et les déclinaisons

Un client peut avoir besoin de recadrer une image pour Instagram. Cela ne signifie pas qu’il peut redessiner ton logo, changer sa structure et le confier à une autre agence pour une refonte complète.

Tu peux prévoir une distinction entre:

  • les adaptations techniques nécessaires à la diffusion;
  • les déclinaisons prévues dans la prestation;
  • les modifications substantielles soumises à ton accord;
  • les transformations confiées à un tiers.

Un script simple peut t’aider à recadrer sans partir dans le conflit:

« La cession couvre les déclinaisons prévues au devis et les adaptations techniques nécessaires aux supports listés. Toute modification de fond ou utilisation sur un nouveau support fera l’objet d’une validation complémentaire. Je peux soit réaliser cette adaptation, soit encadrer sa mise en œuvre par un tiers. »

C’est ferme. Ce n’est pas agressif. Tu expliques le périmètre au lieu de répondre à 23 h 47 par un message passif-agressif sur la propriété intellectuelle.

Les erreurs qui coûtent cher aux graphistes freelances

Certaines erreurs reviennent tellement souvent qu’elles mériteraient leur propre ligne budgétaire.

Confondre création et cession

Tu peux facturer 1 500 € pour créer une identité et ne pas avoir cédé les droits d’exploitation. Tu peux aussi facturer 1 500 € pour la création et inclure une cession limitée. Les deux modèles sont possibles.

Ce qui ne fonctionne pas, c’est de ne rien préciser et de découvrir après livraison que le client prévoit une campagne nationale, une franchise et une déclinaison produit.

Accepter une clause « tous droits cédés »

Les clauses vagues ou absolues comme « tous droits cédés » ou « cession illimitée » ne décrivent pas individuellement le domaine d’exploitation. Elles peuvent entraîner la nullité de la cession.

Si le client utilise ce type de formulation, demande une réécriture. Tu n’as pas besoin de transformer la négociation en duel juridique. Tu peux simplement dire:

« Pour que la cession soit exploitable et conforme au cadre applicable, je vous propose de préciser les droits concernés, les supports, le territoire, la durée et le caractère exclusif ou non exclusif. »

Cette phrase fait deux choses: elle protège ton travail et elle montre que tu sais ce que tu vends.

Céder trop large « pour faire plaisir »

Je l’ai fait. Beaucoup l’ont fait. On veut décrocher le projet, éviter une discussion inconfortable, montrer qu’on est souple. Alors on accepte une cession mondiale, exclusive et illimitée pour un budget qui couvre à peine la production.

Le problème n’est pas seulement financier. Une cession trop large peut t’empêcher d’utiliser des éléments dans ton portfolio ou de travailler sur des projets similaires. Elle peut aussi créer une attente permanente: puisque le client a « tous les droits », il considère que chaque adaptation future est comprise.

La souplesse commerciale ne doit pas devenir une abdication contractuelle.

Oublier l’acompte

La cession de droits ne devrait pas être activée dans le flou alors que la facture n’est pas réglée. Prévois les conditions de paiement et précise le moment où les droits sont consentis.

Une pratique prudente consiste à lier la cession au paiement complet de la prestation concernée. Le client reçoit les éléments nécessaires selon les modalités prévues, mais l’exploitation définitive intervient dans le cadre contractuel convenu.

L’acompte, lui, n’est pas un détail administratif. C’est ce qui évite de financer la trésorerie d’une entreprise qui n’a pas encore décidé si elle aime vraiment ton travail.

Ne pas distinguer les créations originales des éléments sous licence

Un projet peut contenir plusieurs couches:

  • ta création originale;
  • une photographie achetée sur une banque d’images;
  • une typographie sous licence;
  • des icônes provenant d’une bibliothèque;
  • des éléments fournis par le client.

Tu ne peux pas céder au client plus de droits que tu n’en possèdes. Les licences tierces doivent être vérifiées et mentionnées lorsque leur utilisation dépend de conditions particulières.

C’est particulièrement important pour les projets destinés à être déployés à grande échelle. Une ressource autorisée pour un site web peut ne pas l’être pour du packaging, de la publicité ou une diffusion internationale.

Une méthode simple pour cadrer chaque projet

Avant d’envoyer ton devis, prends dix minutes pour répondre à ces questions:

1. Quelle œuvre est réellement commandée?

Un logo, une illustration, une campagne, un système complet d’identité ou plusieurs éléments séparés?

2. Quels droits le client veut-il exploiter?

Reproduction, représentation, adaptation, ou seulement certains usages?

3. Sur quels supports?

Site, réseaux sociaux, packaging, affichage, presse, vidéo, merchandising, supports internes?

4. Dans quel territoire?

Ville, région, France, Europe, monde?

5. Pendant combien de temps?

Quelques semaines, un an, dix ans, ou une durée liée à la vie de la marque?

6. La cession est-elle exclusive?

Et si oui, quelle exclusivité exactement?

7. Qui pourra utiliser la création?

Le client uniquement, ses filiales, ses franchisés, ses partenaires, son agence de communication?

8. Le client reçoit-il les fichiers sources?

Si oui, lesquels et avec quel droit de modification?

9. Que se passe-t-il si l’usage s’élargit?

Prévois une clause ou au moins une règle de renégociation.

10. Quand les droits sont-ils transférés?

Le contrat doit articuler clairement livraison, paiement et autorisation d’exploitation.

Cette méthode ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit lorsque l’enjeu est important. Elle t’évite déjà de signer des devis qui reposent sur un simple « on verra plus tard ». On sait tous comment finit le « plus tard »: le client exploite, toi tu relances, et chacun découvre une version différente de l’accord.

Ce qu’il faut retenir pour ta prochaine cession

Une cession de droits d’auteur graphiste freelance n’est pas une formalité à ajouter en bas du devis parce qu’un client l’a demandée. C’est une partie de ton offre. Elle décrit la valeur économique de l’exploitation de ton travail.

Pour un petit client, tu peux rester simple: une durée cohérente, un territoire clair, des supports listés et une cession intégrée au forfait si le périmètre est limité.

Pour une PME, commence à détailler les filiales, les usages commerciaux, les adaptations et les extensions possibles.

Pour un grand compte, sépare franchement la création, les livrables, les fichiers sources et les droits. Une exploitation nationale ou internationale ne doit pas disparaître dans une ligne fourre-tout.

Et surtout, ne cède jamais ce que tu n’as pas identifié. Ni ce que tu n’as pas valorisé.

Le contrat ne sert pas à refroidir la relation client. Il sert à empêcher les malentendus de devenir ton problème à toi.

Questions fréquentes

Le client devient-il propriétaire de mon travail après avoir payé la facture ?
Non, le paiement de la facture ne transfère pas automatiquement les droits d'exploitation. Une cession de droits doit être formalisée par écrit pour définir précisément ce que le client est autorisé à faire.
Puis-je céder tous les droits sur mes créations futures à un client ?
Non, la cession globale des œuvres futures est interdite. Chaque création doit être identifiée ou identifiable dans le contrat.
Le client a-t-il le droit de modifier mon logo s'il a payé la prestation ?
Le client ne peut pas modifier l'œuvre sans votre accord, car les droits moraux, incluant le respect de l'intégrité de l'œuvre, restent attachés à l'auteur.
Suis-je obligé de fournir les fichiers sources au client ?
Non, le fichier source est un élément de travail dont la remise doit être prévue, facturée à part ou refusée si elle n'est pas nécessaire à l'exploitation convenue.
Comment fixer le prix d'une cession de droits d'auteur ?
Le prix se négocie selon le projet et l'exploitation prévue, en tenant compte de la durée, du territoire, des supports, de l'exclusivité et du potentiel commercial de l'usage.

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