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Statut de graphiste : quel choix selon votre profil ?
Métier et Freelancing

Statut de graphiste : quel choix selon votre profil ?

Un graphiste freelance qui démarre génère souvent entre 18 000 € et 30 000 € de chiffre d’affaires la première année.

Statut de graphiste: quel choix selon votre profil?

À ce niveau, deux cadres reviennent régulièrement: l’artiste-auteur, avec un taux de cotisations sociales plus faible, et la micro-entreprise en BNC, plus souple pour les prestations de services. Sur 25 000 € de chiffre d’affaires, l’écart de cotisations peut dépasser 2 300 € par an.

Mais ce différentiel ne se choisit pas au feeling. Il découle d’abord de la nature des missions facturées. Un logo conçu de manière originale, une illustration ou une identité visuelle ne relèvent pas du même cadre qu’un audit UX, une intégration HTML/CSS ou l’exécution de déclinaisons selon une charte existante.

En 2026, le choix du statut juridique d’un graphiste freelance doit aussi intégrer deux paramètres souvent traités trop tard: le franchissement des seuils de TVA et la réforme de la facturation électronique. Le bon arbitrage repose donc sur trois questions simples, mais qui demandent une réponse précise: que vendez-vous réellement, quel chiffre d’affaires prévoyez-vous, et comment vos missions vont-elles évoluer dans les deux ou trois prochaines années?

L’artiste-auteur: le cadre dédié à la création originale

Le statut d’artiste-auteur couvre la création d’œuvres originales de l’esprit. Pour un graphiste, il peut correspondre à la conception d’un logo, d’une identité visuelle, d’une illustration, d’une maquette éditoriale, d’une typographie originale ou d’une charte graphique.

Le point déterminant n’est pas le titre de la mission, mais la réalité du travail livré. Une « prestation de design » n’est pas automatiquement une œuvre relevant du droit d’auteur. Il faut que la création porte une empreinte personnelle et qu’elle puisse être identifiée comme une réalisation originale, au-delà d’une simple exécution de consignes techniques.

Cela concerne notamment:

  • la conception d’un univers graphique original pour une marque;
  • la création d’un système d’identité visuelle;
  • le dessin d’illustrations ou de pictogrammes originaux;
  • la réalisation d’une affiche, d’une couverture ou d’une série éditoriale;
  • la création d’une police ou d’un lettrage original;
  • la conception d’une maquette dont la composition et les choix graphiques relèvent d’un véritable travail d’auteur.

À l’inverse, l’exécution de déclinaisons selon une charte préexistante, la mise en page répétitive à partir d’un modèle imposé, l’intégration technique d’une maquette, l’impression ou l’achat-revente de supports ne relèvent pas nécessairement de ce régime. Le conseil en communication sans production d’une œuvre identifiable, la formation et l’audit peuvent également appartenir à une activité de prestation de services.

La frontière n’est pas toujours parfaitement nette. Une mission peut d’ailleurs comporter une partie de création et une partie technique. Dans ce cas, le devis, le cahier des charges et la facture doivent distinguer les livrables. Le client n’achète pas seulement du temps passé: il achète parfois une œuvre, parfois une intervention technique, parfois les deux.

Un organisme social unique pour les artistes-auteurs

La distinction historique entre l’AGESSA et la Maison des Artistes ne doit plus être présentée comme le mode actuel de déclaration. Ces organismes ont longtemps joué un rôle central dans la gestion du régime, mais les démarches sociales des artistes-auteurs sont désormais effectuées auprès de l’Urssaf dédiée aux artistes-auteurs.

La Maison des Artistes et l’AGESSA peuvent encore apparaître dans d’anciens contrats, des documents professionnels ou des habitudes de métier. Elles ne sont cependant pas deux guichets à choisir selon que l’on est graphiste, illustrateur ou designer. Pour les déclarations sociales et le paiement des cotisations, le point de référence est l’Urssaf artistes-auteurs.

La situation peut être différente du côté du diffuseur. Lorsqu’une entreprise rémunère un artiste-auteur, elle peut avoir des obligations propres, notamment en matière de déclaration et de contribution. Ce fonctionnement ne dispense pas l’auteur de conserver ses justificatifs, de suivre ses revenus et de vérifier que les montants déclarés correspondent aux sommes réellement perçues.

Les principaux repères du régime restent les suivants:

ParamètreArtiste-auteur
Nature de l’activitéCréation originale relevant du droit d’auteur
Déclarations socialesUrssaf artistes-auteurs
Seuil de TVA de base mentionné pour les activités concernées50 000 €
Seuil de TVA majoré mentionné pour les activités concernées55 000 €
Revenus accessoiresPossibles sous conditions et dans les limites prévues par le régime
Code APE fréquent74.10Z

Le taux de cotisations présenté pour 2026 est de 16,2 %. Il constitue un repère de comparaison, pas une promesse de revenu net définitif. L’assiette sociale, les éventuelles majorations, la nature des revenus et les régularisations peuvent modifier le montant effectivement dû. Les droits d’auteur versés par un éditeur, une agence ou un organisme de gestion collective doivent également être intégrés dans le suivi global des revenus artistiques.

Le statut artiste-auteur n’est pas un régime d’optimisation. C’est un cadre juridique qui reconnaît la nature créative de l’activité. Son intérêt disparaît dès que l’on y fait entrer des prestations qui ne sont plus des œuvres.

Il faut aussi distinguer la cession des droits et la prestation de fabrication. La cession de droits d’auteur peut accompagner la livraison d’un logo ou d’une identité visuelle, mais elle ne transforme pas automatiquement une mission technique en œuvre originale. À l’inverse, une création peut relever du droit d’auteur même si le contrat ne contient pas encore de clause de cession correctement rédigée. Le statut et la rédaction contractuelle sont deux sujets liés, mais distincts.

La micro-entreprise: flexibilité et gestion des prestations de services

La micro-entreprise en activité libérale non réglementée, déclarée en BNC, constitue un cadre adapté aux missions techniques, au conseil et aux prestations qui ne reposent pas sur la création d’une œuvre originale.

Pour un graphiste ou un webdesigner, elle peut couvrir:

  • l’intégration HTML/CSS d’une maquette fournie par le client;
  • le conseil en ergonomie, en UI ou en architecture de contenu;
  • l’audit d’accessibilité ou de performance d’un site;
  • la formation à un logiciel de création;
  • la retouche photo à façon;
  • l’exécution de déclinaisons prévues dans une charte existante;
  • la maintenance graphique ou la production régulière de supports standardisés;
  • la direction artistique lorsqu’elle consiste principalement à coordonner, conseiller ou piloter sans création d’œuvre facturée séparément.

Son avantage principal tient à la simplicité administrative. Le chiffre d’affaires encaissé est déclaré mensuellement ou trimestriellement, les cotisations sont calculées selon le montant déclaré et la comptabilité reste nettement plus légère que dans une société. Il n’y a pas de bilan annuel à produire dans les mêmes conditions qu’avec une structure soumise à l’impôt sur les sociétés.

Cette simplicité a une contrepartie. Les cotisations sont proportionnelles au chiffre d’affaires et ne tiennent pas compte de la plupart des dépenses réelles. Un graphiste qui sous-traite une partie de la production, loue un studio, achète du matériel ou investit régulièrement dans des logiciels doit donc raisonner sur sa marge, et pas seulement sur le taux affiché.

Les repères couramment utilisés pour la micro-entreprise en BNC sont les suivants:

ParamètreMicro-entreprise BNC
Nature de l’activitéServices, conseil et missions techniques
Plafond de chiffre d’affaires du régime micro83 600 € selon le repère retenu pour la période
Seuil de TVA de base37 500 €
Seuil de TVA majoré41 250 €
Taux de cotisations présenté pour 202625,6 %
Déclarations socialesUrssaf
Code APE fréquent74.10Z

Le plafond de chiffre d’affaires ne signifie pas qu’un dépassement impose mécaniquement de créer une société. C’est un point essentiel. Lorsque le régime micro-fiscal ou micro-social cesse de s’appliquer, l’activité peut continuer sous une entreprise individuelle avec une déclaration contrôlée, selon les règles fiscales et sociales qui lui sont applicables. La création d’une SASU ou d’une EURL peut devenir pertinente pour d’autres raisons, mais elle n’est pas la conséquence automatique d’un seul dépassement de seuil.

La TVA obéit à une logique différente. Le dépassement du plafond de la micro-entreprise et la sortie de franchise en base de TVA ne se produisent pas nécessairement au même moment. Un graphiste peut donc rester en entreprise individuelle tout en devenant redevable de la TVA. Il faut suivre séparément le seuil de chiffre d’affaires du régime micro et les seuils de franchise en base.

La micro-entreprise est souvent le cadre le plus lisible pour les missions de service et de conseil. Elle n’est pas la seule voie possible, mais elle évite de faire entrer artificiellement une activité technique dans le régime artiste-auteur.

Le cumul des activités: séparer création artistique et conseil technique

Un même professionnel peut concevoir une identité visuelle le lundi, réaliser un audit UX le mercredi et intégrer une maquette sur un site le vendredi. Le problème n’est pas cette diversité. Le problème apparaît lorsque toutes ces missions sont facturées comme si elles relevaient du même régime.

Le cumul d’une activité d’artiste-auteur et d’une activité indépendante de services est possible lorsque les deux composantes sont réelles, identifiables et suivies séparément. Il ne s’agit pas nécessairement de créer deux sociétés. Dans de nombreux cas, l’activité de services est exercée en entreprise individuelle sous le régime micro, tandis que la partie artistique est déclarée dans le cadre artiste-auteur.

Le fonctionnement administratif ne repose donc pas sur l’idée de deux « statuts société » distincts, mais sur la séparation des activités et de leurs obligations. L’artiste-auteur effectue ses démarches sociales auprès de l’Urssaf artistes-auteurs. L’activité de services relève de l’Urssaf des indépendants. Selon la nature des opérations, le traitement de la TVA et les déclarations peuvent également différer.

Ce qu’il faut séparer dans la pratique

Un cumul propre ne consiste pas seulement à utiliser deux lignes sur un tableur. Il faut pouvoir expliquer, plusieurs mois plus tard, pourquoi telle facture a été rattachée à telle activité.

Trois précautions font une vraie différence:

1. Décrire précisément le livrable.

« Création d’un logotype original avec remise des fichiers sources et cession des droits » ne décrit pas la même mission que « intégration de vingt déclinaisons dans les gabarits fournis ». Le devis doit permettre de comprendre la nature de la prestation sans interprétation hasardeuse.

2. Émettre la facture depuis la bonne activité.

La création d’une identité visuelle originale et l’audit d’un site ne doivent pas être regroupés sous un intitulé vague de « prestation graphique ». Si une mission comprend les deux, les lots peuvent être distingués avec leurs livrables et leur traitement propre.

3. Suivre les recettes et les dépenses séparément.

Un compte bancaire distinct n’est pas toujours la seule solution juridiquement possible, mais une comptabilité de trésorerie clairement ventilée est indispensable. Les abonnements logiciels, achats de polices, sous-traitances et frais de production doivent pouvoir être rattachés à l’activité concernée.

Deux numéros SIRET peuvent apparaître lorsque les activités sont déclarées dans des cadres administratifs distincts, mais le SIRET n’est pas à lui seul la preuve de la nature artistique d’une mission. Le code APE 74.10Z, fréquent dans le design, n’a pas non plus de valeur décisive: il décrit une activité statistique et ne tranche pas la question de l’éligibilité au régime artiste-auteur.

Quand le cumul devient pertinent

Le cumul est intéressant lorsque la répartition des missions est récurrente. Une graphiste qui réalise régulièrement des identités visuelles originales, tout en vendant des audits et de la formation, a intérêt à organiser cette séparation dès le départ. Elle peut ainsi préserver la cohérence du régime artiste-auteur sans faire passer ses prestations techniques pour des œuvres.

En revanche, si les missions sont toutes mélangées et que la part de création originale reste marginale, deux cadres administratifs peuvent ajouter de la complexité sans apporter de bénéfice réel. La question n’est donc pas seulement: « Puis-je cumuler? » Elle est plutôt: « Suis-je capable de distinguer durablement ce que je produis et ce que je facture? »

Réforme de la facturation électronique: les échéances clés pour 2026-2027

La réforme de la facturation électronique s’applique selon un calendrier progressif. Pour les indépendants, l’échéance de réception arrive avant celle d’émission.

À compter du 1er septembre 2026, les entreprises concernées devront être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme de dématérialisation partenaire, souvent désignée par le sigle PDP. Cette obligation concerne aussi les petites structures et les indépendants lorsqu’ils entrent dans le champ de la réforme. Un simple logiciel de facturation capable de produire un PDF ou un fichier Factur-X ne suffit donc pas à lui seul.

À compter du 1er septembre 2027, les micro-entreprises et les petites et moyennes entreprises devront à leur tour émettre leurs factures électroniques dans le cadre prévu par la réforme. Le calendrier concerne notamment les opérations entre entreprises établies en France et soumises à la TVA. Les factures adressées à des particuliers ou à des clients étrangers peuvent suivre d’autres règles, ce qui mérite d’être vérifié selon la clientèle.

Les formats structurés ou hybrides, comme Factur-X, pourront être utilisés, mais le format ne constitue qu’un élément de la chaîne. Il faut également que la facture puisse être transmise, reçue, identifiée et conservée par l’intermédiaire du dispositif approprié.

Ce que le graphiste doit préparer dès 2026

La priorité n’est pas de changer de logiciel dans l’urgence. Elle consiste à vérifier que l’ensemble du circuit de facturation pourra fonctionner avec les clients, les donneurs d’ordre et la plateforme choisie.

Voici les points à examiner:

1. Choisir ou identifier une plateforme agréée pour la réception.

Le prestataire de facturation actuel peut proposer une connexion à une PDP, mais ce n’est pas automatique. Il faut vérifier le périmètre exact de l’offre, les formats acceptés, l’archivage et la gestion des factures entrantes.

2. Vérifier les données d’identification de l’entreprise.

SIREN, SIRET, adresse de facturation, numéro de TVA lorsqu’il existe et coordonnées du client doivent être cohérents. Une erreur administrative peut bloquer une facture aussi sûrement qu’une incompatibilité technique.

3. Tester la réception avant l’échéance.

Recevoir une facture électronique, l’intégrer dans son suivi, la retrouver plusieurs mois plus tard et transmettre les informations à son comptable constituent quatre opérations différentes. Le test doit porter sur toute la chaîne.

4. Préparer l’émission de 2027.

Les factures devront être transmises par le circuit adapté. Le logiciel peut rester l’interface de travail, mais il devra être relié à la plateforme agréée. Anticiper cette connexion évite de découvrir au dernier moment que l’outil ne gère ni les statuts de transmission ni les données obligatoires.

5. Conserver une procédure pour les clients non équipés.

Un donneur d’ordre peut utiliser une plateforme différente de la vôtre. Le sujet n’est pas de lui envoyer simplement un PDF par courriel, mais de savoir par quel canal la facture doit circuler dans le nouveau système.

La facturation électronique n’est pas une question de fichier PDF. C’est un changement de circuit: dès 2026, la réception devra passer par une plateforme agréée, puis l’émission suivra pour les petites entreprises à partir de 2027.

Pour un artiste-auteur, la situation dépend notamment de l’assujettissement à la TVA, de la qualité du client et de la nature de l’opération. Il serait risqué de conclure que tous les revenus artistiques suivent automatiquement la même procédure. Le graphiste qui cumule plusieurs activités doit cartographier ses flux: factures de création, prestations techniques, clients professionnels, particuliers et éventuelles opérations internationales.

Optimisation fiscale et sociale: comprendre les seuils de TVA et de cotisations

Comparer les statuts uniquement à partir du taux de cotisations donne une réponse rapide, mais incomplète. Il faut ajouter la TVA, les frais professionnels, la protection sociale, les droits à la retraite, la charge administrative et la capacité à travailler avec des clients qui exigent une structure particulière.

La comparaison suivante sert de point de départ:

CritèreArtiste-auteurMicro-entreprise BNC
Activité principaleCréation originaleServices, conseil et technique
Taux de cotisations utilisé dans la comparaison16,2 %25,6 %
Plafond du régime microNon applicable en tant que tel83 600 € selon le repère retenu
Seuil de franchise en base de TVA50 000 € selon le repère retenu37 500 €
Seuil majoré de TVA55 000 € selon le repère retenu41 250 €
Organisme social de référenceUrssaf artistes-auteursUrssaf
Cumul avec l’autre activitéPossible sous conditionsPossible sous conditions
Dépenses réellesÀ analyser selon le régime applicablePeuvent être moins favorables en micro
Évolution possibleEntreprise individuelle, société ou portage pour les autres missionsDéclaration contrôlée, entreprise individuelle, société ou portage

Ces seuils ne doivent pas être lus comme des interrupteurs qui feraient basculer automatiquement toute l’activité le lendemain d’un dépassement. Le franchissement du seuil de TVA entraîne des obligations de collecte et de déclaration, tandis que le dépassement du plafond du régime micro concerne le maintien du régime fiscal et social simplifié. Les conséquences et les dates d’application doivent être vérifiées selon l’année, la nature exacte de l’activité et l’historique du chiffre d’affaires.

Un exemple de comparaison, à manier avec prudence

Pour 30 000 € de chiffre d’affaires correspondant entièrement à des créations originales, la comparaison théorique du draft donne:

  • Artiste-auteur: 30 000 × 16,2 % = 4 860 € de cotisations, soit 25 140 € avant impôt sur le revenu;
  • Micro-entreprise BNC: 30 000 × 25,6 % = 7 680 € de cotisations, soit 22 320 € avant impôt sur le revenu.

L’écart théorique atteint 2 820 €. Il ne constitue pas un bénéfice net garanti. Il ne tient pas compte des frais, de la TVA, des éventuelles contributions, des droits sociaux ou de la composition exacte des recettes. Surtout, appliquer le taux artiste-auteur à une mission technique parce que le calcul semble plus favorable expose à une incohérence difficile à défendre.

Pour une mission de conseil ou de service, plusieurs cadres peuvent exister: micro-entreprise, entreprise individuelle au réel, société ou portage salarial. La micro-entreprise n’est donc pas la seule solution. Elle est souvent la plus simple lorsque le chiffre d’affaires reste modéré et que les frais professionnels sont limités, mais elle devient moins intéressante lorsque les dépenses, les sous-traitances ou les investissements prennent une place importante.

Portage salarial, entreprise individuelle ou société

Le portage salarial peut convenir à un graphiste ou à un webdesigner qui souhaite conserver une relation de travail salariée tout en prospectant ses propres clients. La société de portage facture le client, transforme le chiffre d’affaires en salaire après déduction de ses frais et contributions, et prend en charge une partie de la gestion administrative. En contrepartie, le revenu disponible est généralement inférieur à celui d’une micro-entreprise à chiffre d’affaires identique.

Le portage n’est pas une solution pour transformer une activité artistique en régime artiste-auteur. Il peut en revanche servir pour des missions de conseil, de direction artistique, de pilotage ou d’accompagnement technique, sous réserve que la relation avec le client et les conditions d’autonomie correspondent au cadre du portage.

L’entreprise individuelle au réel devient intéressante lorsque les dépenses professionnelles sont substantielles. Elle permet de raisonner sur le résultat après déduction des frais plutôt que sur le chiffre d’affaires brut. Elle ajoute toutefois des obligations comptables et déclaratives.

La SASU ou l’EURL peuvent répondre à d’autres objectifs:

  • faire entrer un associé ou préparer une évolution de l’activité;
  • organiser une rémunération différente;
  • conserver une partie du résultat dans l’entreprise;
  • répondre aux exigences de certains clients;
  • embaucher ou sous-traiter de manière structurée;
  • séparer plus nettement le patrimoine professionnel et les flux de l’activité.

Une société n’est pas « sans plafond de TVA » au sens où elle échapperait aux règles: la franchise en base dépend de seuils et de la nature des opérations, quelle que soit la forme juridique. De même, les cotisations ne disparaissent pas parce que l’on passe en SASU ou en EURL. Elles changent d’assiette, de mécanisme et de niveau de protection, mais elles restent un élément central du calcul.

Le choix d’une société doit donc répondre à une trajectoire concrète, pas à la seule crainte de dépasser 83 600 € de chiffre d’affaires. Un dépassement peut conduire à sortir du régime micro tout en restant en entreprise individuelle. La société devient pertinente si elle apporte une réponse à la croissance, aux frais, à la rémunération, aux associés ou à la nature des contrats.

Mettre le choix à l’épreuve avant de déclarer son activité

Avant de choisir un statut, il est plus utile de partir des missions réellement vendues que de comparer des formes juridiques sur une page de simulateur. Reprenez vos devis, vos factures ou votre portefeuille prévisionnel et classez chaque prestation dans l’une de ces catégories:

  • création originale avec apport personnel identifiable;
  • exécution ou déclinaison à partir d’une direction artistique existante;
  • conseil, audit, formation ou accompagnement;
  • intégration et production technique;
  • vente de supports, d’impression ou de fichiers produits par un tiers.

Cette classification fait souvent apparaître une réalité moins nette que le titre de « graphiste freelance ». Certains professionnels sont majoritairement artistes-auteurs. D’autres sont surtout consultants ou exécutants. Beaucoup occupent une position hybride, ce qui rend le cumul pertinent.

La projection financière doit ensuite intégrer les frais et non le seul chiffre d’affaires:

1. estimez les recettes par type de mission, plutôt qu’un montant global;

2. calculez la part de création originale et sa stabilité sur l’année;

3. ajoutez les abonnements, achats de matériel, sous-traitances, déplacements et frais de production;

4. repérez le moment où la TVA pourrait s’appliquer;

5. mesurez l’impact d’une sortie du régime micro sans conclure automatiquement à la création d’une société;

6. comparez le revenu disponible, la protection sociale et le temps consacré à l’administratif;

7. prévoyez le coût d’une plateforme de facturation électronique et de son raccordement.

Le contrat doit suivre la même logique. Pour une création originale, il faut préciser les supports, les territoires, la durée, les usages et la rémunération de la cession de droits lorsque celle-ci est prévue. Pour une mission technique, il faut détailler les fonctionnalités, les livrables, le nombre d’allers-retours et les limites de responsabilité. Cette précision protège autant le graphiste que le client et facilite la qualification de l’activité.

Le choix du statut n’est pas figé. Une activité peut commencer en micro-entreprise, évoluer vers une entreprise individuelle au réel, intégrer du portage pour certaines missions ou se transformer en société. À l’inverse, un graphiste qui pensait devoir créer une SASU dès le premier client peut parfois conserver une structure individuelle plus longtemps, avec un suivi comptable adapté.

La bonne question n’est donc pas « sasu ou micro-entreprise pour le graphisme? » dans l’absolu. Il faut plutôt demander quelle structure correspond à la combinaison actuelle de création, de conseil, de frais et de croissance. Pour un designer indépendant, le statut artiste-auteur reste cohérent lorsque la valeur principale vient d’œuvres originales. La micro-entreprise répond bien aux prestations de services quand la simplicité prime. Le cumul devient utile lorsque les deux activités coexistent réellement. Et lorsque le chiffre d’affaires augmente, le dépassement d’un seuil ouvre un nouveau calcul — il n’impose pas, à lui seul, une société.

Pour 2026, l’autre échéance ne doit pas être repoussée: choisir une plateforme agréée capable de recevoir les factures électroniques, puis préparer l’émission de 2027. Le statut juridique règle la manière d’exercer. La facturation électronique règle la manière dont les flux circulent. Un graphiste qui traite ces deux sujets ensemble évite de bâtir une organisation simple sur le papier, mais impossible à tenir une fois les missions diversifiées.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le statut d'artiste-auteur et la micro-entreprise pour un graphiste ?
L'artiste-auteur est dédié à la création d'œuvres originales portant une empreinte personnelle, tandis que la micro-entreprise en BNC est adaptée aux prestations de services, au conseil et aux missions techniques.
Puis-je cumuler le statut d'artiste-auteur et celui de micro-entrepreneur ?
Oui, le cumul est possible si les deux activités sont réelles, identifiables et suivies séparément, notamment en distinguant les factures et la comptabilité de chaque activité.
Quelles sont les échéances pour la facturation électronique des graphistes ?
Les indépendants doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée dès le 1er septembre 2026, et devront être capables d'en émettre à partir du 1er septembre 2027.
Le dépassement du plafond de chiffre d'affaires oblige-t-il à créer une société ?
Non, le dépassement du plafond du régime micro ne force pas la création d'une société. L'activité peut se poursuivre sous le régime de l'entreprise individuelle avec une déclaration contrôlée.
À quel organisme dois-je m'adresser pour mes cotisations sociales en tant qu'artiste-auteur ?
Les démarches sociales des artistes-auteurs doivent désormais être effectuées auprès de l'Urssaf dédiée aux artistes-auteurs.

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