ykko.

Façonner l'identité visuelle de demain

Actualité

Usurpation d'identité visuelle : quand le design devient une arme de désinformation

Selon Yahoo Actualités, BFMTV a dénoncé le 6 août 2026 des vidéos qui reprennent sa charte graphique pour diffuser de fausses informations visant Gabriel Attal.

mis à jour 07 août 2026

Usurpation d'identité visuelle : quand le design devient une arme de désinformation

La chaîne affirme ne pas être responsable de ces contenus, a demandé leur retrait aux plateformes et prévoit une action en justice. Pour les professionnels de l’identité visuelle, l’affaire rappelle une réalité parfois sous-estimée: un logo, une palette et un rythme de mise en page ne sont pas seulement décoratifs, ils peuvent aussi servir à fabriquer une impression d’authenticité.

Quand la forme emprunte la confiance

Dans mon studio, je vois souvent une erreur de perception revenir dans les briefs: une identité visuelle serait réussie dès lors qu’elle est immédiatement reconnaissable. C’est vrai pour une marque qui cherche à émerger, mais la reconnaissance seule ne suffit pas. Elle crée aussi une surface exploitable par ceux qui veulent faire passer un contenu pour ce qu’il n’est pas.

D’après le récit relayé par Yahoo Actualités, les publications en question reprennent les codes visuels de BFMTV, mais aussi ceux de RFI, du Parisien, de Ouest-France, de Libération, de France 24 et de l’AFP. Elles auraient notamment attribué à Gabriel Attal des problèmes de santé ou des opinions favorables aux squatteurs, tout en incitant des médias et des journalistes à relayer ces informations.

Le point sensible n’est donc pas uniquement le détournement d’un logo. C’est l’ensemble du système qui est imité: hiérarchie des titres, traitement de l’image, couleurs, composition, vocabulaire visuel. La tension vient de là. Plus une identité est cohérente, plus elle peut sembler familière en quelques secondes, avant même que le lecteur ait pris le temps de vérifier le contenu.

Une identité doit pouvoir se vérifier

Cette affaire invite les marques, les médias et les créateurs de contenus à regarder leur charte graphique avec un œil un peu différent. Jusqu’ici, on demandait surtout à une identité d’être lisible, mémorisable et adaptable. Il faut aussi observer ce qu’elle laisse voir dans les usages rapides: une vidéo verticale, une capture d’écran, une vignette recadrée ou un contenu partagé hors de son environnement d’origine.

Je conseille de reprendre les principaux supports et de les examiner par couches, comme on le ferait pour une maquette en cours d’itération. Qu’est-ce qui permet d’identifier immédiatement la source? Le logo, bien sûr, mais aussi la combinaison entre une couleur, une typographie, un bandeau et une manière de titrer. Quels éléments restent visibles lorsque le format est réduit? Lesquels peuvent être copiés sans effort? Cette lecture ne conduit pas à effacer toute personnalité visuelle. Elle aide plutôt à distinguer les signes qui construisent la confiance de ceux qui peuvent être reproduits isolément.

La réponse ne se trouve pas nécessairement dans une identité plus complexe. Ajouter des détails, des effets ou des ornements peut même fragiliser la respiration du système. Une piste plus solide consiste à documenter précisément les usages, à conserver des règles claires pour les déclinaisons et à prévoir des marqueurs cohérents dans les formats où le contexte disparaît. Le travail ressemble moins à une course à l’originalité qu’à un ajustement patient entre visibilité, équilibre et contrôle.

Le risque dépasse le seul cas BFMTV

Le récit publié par Yahoo Actualités indique que l’entourage de Gabriel Attal soupçonne une ingérence numérique venue de Russie et que Viginum affirme avoir repéré la campagne, en la rattachant avec un niveau de confiance élevé à Matriochka, présenté comme un réseau prorusse. Le texte mentionne également des attaques antérieures imputées au groupe prorusse Storm-1516, visant Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann.

Ces éléments restent rapportés par la source et ne doivent pas être transformés en certitude graphique ou éditoriale. En revanche, ils donnent un relief particulier au sujet pour notre secteur: lorsqu’une identité est utilisée dans un contexte politique, la moindre tension visuelle — un titre alarmant, une couleur familière, une composition qui semble officielle — peut modifier la manière dont le message est reçu.

BFMTV n’est pas le seul média cité dans ces publications, selon le récit disponible. Pour les équipes de création, la question devient alors très concrète: comment concevoir une identité assez forte pour être reconnue, mais assez documentée pour que son usage puisse être contrôlé et signalé? C’est peut-être là que se joue désormais une partie de la maturité d’une marque: non seulement dans sa capacité à marquer les esprits, mais dans la finesse avec laquelle elle permet de distinguer une source légitime d’une imitation.

Autres actualités