Almeida & Dale : l'épure radicale du studio Porto Rocha pour une galerie d'art
D'après le décryptage publié par BP&O, le studio new-yorkais Porto Rocha — fondé par les designers brésiliens Felipe Rocha et Leo Porto — vient de doter la galerie d'art Almeida & Dale d'une identité…

Porto Rocha crée une nouvelle identité visuelle pour la galerie d'art brésilienne Almeida & Dale
D'après le décryptage publié par BP&O, le studio new-yorkais Porto Rocha — fondé par les designers brésiliens Felipe Rocha et Leo Porto — vient de doter la galerie d'art Almeida & Dale d'une identité visuelle sur mesure, taillée pour accompagner la fusion récente avec Galeria Millan et l'ouverture d'un nouvel espace phare à São Paulo prévue pour 2026. Ce qui me frappe au premier regard, c'est l'audace de la sobriété: pas de signe spectaculaire, pas de logo qui cherche à tout dire, mais une lettre qui impose le ton. Pour nous qui accompagnons des marques dans leurs phases de croissance, c'est une leçon d'humilité stratégique.
D'un héritage perçu comme trop « corporate » à une voix internationale
Almeida & Dale n'est pas une galerie confidentielle: fondée à São Paulo en 1998, elle représente des artistes comme Lygia Clark, Tarsila do Amaral, José Leonilson, Rubem Valentim ou Maria Martins, et opère à travers trois espaces au Brésil. Mais voilà le piège que je rencontre aussi dans mon studio: à force de grandir, une identité finit par sonner transactionnelle, plus proche du catalogue d'entreprise que de la maison de regard. Porto Rocha explique avoir voulu faire d'Almeida & Dale non seulement la plus grande galerie du Brésil, mais une interlocutrice crédible sur la scène internationale. Pour y parvenir, les designers ont choisi une voie risquée — celle de l'épure radicale.
Diakritik AD, un caractère dessiné pour le portugais brésilien
Le vrai cœur battant du projet, c'est Diakritik AD, une police personnalisée conçue avec le dessinateur Marek Nedelka, installé à Brooklyn. Ses proportions condensées s'inspirent de la typographie du milieu du XXe siècle, tandis que sa construction penche vers une géométrie contemporaine. Mais le détail qui m'a arrêtée est ailleurs: chaque accent, chaque cédille, chaque tilde a été dessiné exactement au même poids que les lettres elles-mêmes — un parti pris technique qui paraît anodin décrit isolément et qui pourtant change toute la respiration du texte en portugais brésilien. C'est exactement ce type de micro-décision qui transforme une fonte « presque parfaite » en fonte profondément juste.
Pour les contrepoints éditoriaux, Porto Rocha s'est appuyée sur Bull-5, une fonte de la fonderie new-yorkaise Tightype, dont la texture évoque les étiquettes dactylographiées des archives de presse américaines des années 1980. Cette mécanique brute, presque tactile, introduit une nuance d'informalité qui dialogue avec l'autorité de Diakritik AD — un équilibre que je retrouve souvent dans les bonnes identités: une voix principale qui tient la barre, une voix secondaire qui chuchote les apartés.
Un système qui sait se taire quand l'œuvre parle
Le tout est unifié par une teinte de bleu affirmée, presque appropriable, et par une signalétique qui fonctionne aussi bien pour les expositions, les publications, les foires d'art, la signalétique physique et les supports numériques. Vous voyez ce que je veux dire quand je parle de tension visuelle maîtrisée? Ce système est suffisamment expressif pour exister seul — affiches, cartons, web — mais suffisamment contenu pour s'effacer devant une œuvre de Lygia Clark. C'est un exercice d'équilibriste que peu de studios réussissent sans verser dans le pastiche « art world ».
Et c'est peut-être la question que je vous laisse en fin de lecture: dans vos propres projets, comment dosez-vous cette tension entre une marque qui doit avoir du caractère et une marque qui doit savoir s'effacer devant le contenu qu'elle porte? Chez mes clients, c'est souvent sur ce curseur que tout se joue.