Comment ONBOX a co-créé l'identité visuelle du Bar Supernova avec ses clients
D'après PRINT Magazine, le studio de design ONBOX a transformé l'exercice de la commande en geste collectif pour le Bar Supernova, un nouvel établissement du Chinatown de Vancouver.

ONBOX conçoit l'identité visuelle participative du Bar Supernova
Cent lettres peintes à la main par les clients, assemblées ensuite en un wordmark modulaire, sont devenues l'ADN visuel d'un lieu qui pense la matière comme un flux à réinventer. Voilà, je trouve, exactement le genre de processus qui mérite qu'on s'y arrête — parce qu'il déplace la posture même du studio face au brief.
La matière première avant la forme
Pour saisir ce qui rend ce projet singulier, il faut d'abord reprendre le contexte. Le Bar Supernova, fondé par les barmen Max Curzon-Price et Andrew Kong avec le chef Shaun Couzelis, s'est construit autour d'une philosophie d'économie circulaire: transformer les sous-produits alimentaires d'autres bars, restaurants et cafés en ingrédients stables et durables. L'équipe d'ONBOX, qui évoque dans son échange avec PRINT Magazine le besoin de « construire dans la marque ce même esprit d'expérimentation », a rapidement compris que le processus pouvait lui-même devenir porteur de sens — jusqu'à l'idée d'un wordmark sans auteur unique.
Plutôt que de produire un alphabet vectoriel maîtrisé de A à Z, le studio a invité les futurs habitués du bar à peindre une lettre chacun, lors d'un pop-up nocturne organisé par les fondateurs pour tester leur concept d'hospitalité. Plus de cent participants, cent gestes uniques, cent accidents de pinceau. Le matériau qui en ressort n'a rien d'une police neutre: ce sont des pleins et des déliés, des tracés hésitants, des encres qui débordent. Pour un lieu qui refuse le produit standardisé, c'était exactement la matière qu'il fallait accueillir, et non corriger.
Faire dialoguer l'imperfection avec la lisibilité
Une fois ce geste posé, tout l'enjeu devient typographique. Un système construit sur cent variations différentes peut basculer très vite dans le bruit visuel si on ne l'enserre pas avec rigueur. C'est là qu'ONBOX fait un travail d'éditeur autant que de directeur artistique: garder la respiration, doser la tension.
Le studio a prolongé la même grammaire organique aux menus, aux sous-bocks, à la signalétique et au site web, en réutilisant texture, mouvement et véritables découpes papier pour que chaque support prolonge le geste initial. Mais il a pris soin d'envelopper cette énergie brute dans beaucoup d'espace blanc et une typographie secondaire très claire — une recherche d'équilibre que le cofondateur Adam Hartley résume, dans l'entretien à PRINT Magazine, par l'image d'ingrédients bruts que le studio pouvait ensuite façonner. Sans ce contre-poids, le système perdrait ses lecteurs; avec lui, l'imperfection devient signature.
Pour vous qui accompagnez des marques en quête de singularité, ce projet pose une question stimulante: et si l'auteur du mot n'était plus le studio, mais la communauté elle-même? Comment tient-on la cohérence d'un système quand sa matière première est, par définition, incontrôlable? Le Bar Supernova montre qu'on peut faire cohabiter l'accident et la rigueur — à condition de penser la charpente graphique avant même d'accueillir le geste.